Apprendre à apprendre ?

Qu’est ce que cela veut dire ? Pourquoi est-ce important ? Et comment transformer notre système éducatif et nos organisations pour relever ce défi ?

 

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Léa Douhard, du CRI (centre de recherche interdisciplinaire), est venue nous inspirer à l’AZAP de la Française des Jeux, sur un sujet qui nous concerne toutes et tous :

Apprendre à apprendre, définie comme la compétence à maîtriser au 21ème siècle.

 

Pourquoi est-ce important d’apprendre à apprendre ?

Car nous sommes dans un monde qui vit certainement sa révolution la plus majeure : la révolution du numérique, qui vient bouleverser tous nos modèles (économiques, sociaux…).

Le secteur de l’emploi s’en trouve en pleine mutation. Certaines études avancent les chiffres suivants :

  • 65 % des écoliers d’aujourd’hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n’ont même pas encore été inventés (infographie du cabinet Wagepoint en 2013, rapportée par Manpowergroup)
  • La génération Y changera en moyenne 15 à 20 fois de travail dans sa vie professionnelle (étude du Future Workspace)
  • D’ici 15 à 20 ans, 50% des emplois auront disparu (étude Fast Forward 2030: The Future of Work and the Workplace par le cabinet CBRE), notamment avec le développement de l’intelligence artificielle

Or, nous restons, notamment en France, dans un système où l’hyperspécialisation de la formation reste la norme -alors que son contenu risque d’être obsolète à la fin du cursus universitaire-, ce qui fait que nous sommes dépassés par cette mutation accélérée.

Par ailleurs, notre société semble avoir du mal à changer de paradigme et à apporter des solutions nouvelles face à la révolution numérique qu’elle subit.

Léa illustre ce propos en citant Bernard Stiegler (dans son livre la société automatique) : la gouvernance algorithmique « anticipe nos faits et gestes et automatise nos attentes ». Par exemple, les réseaux sociaux nous proposent des contenus proches de ce que nous lisons déjà et nous conforte ainsi dans nos positions, nous empêchant ainsi de changer de point de vue. L’infobésité accentue cet effet du big data.

Bernard Stiegler indique sur le sujet de l’emploi que le chômage tel qu’on le connaît aujourd’hui va disparaître car le salariat tel qu’on le connaît aujourd’hui va également disparaître.

 

Sommes-nous capables, dans un cadre de standardisation et d’appauvrissement de nos connaissances, d’aborder ces changements de paradigmes ? Sommes-nous capables d’aborder la connaissance non comme une finalité mais comme un continuum ?

Léa nous cite Geoff Mulgan, qui dit qu’il existe 3 niveaux d’intelligence :

  • Apprendre à résoudre des problèmes existants (à l’école par ex.)
  • Apprendre à résoudre des nouveaux problèmes (grâce à l’open data, big data…)
  • Apprendre à définir et à résoudre des nouveaux problèmes

Sur les 2 premiers points, la France reste en recul, avec son système éducatif très descendant. Elle n’a pas non plus su prendre sa part dans la géopolitique de la connaissance, en mettant par exemple en avant ses contenus. A titre d’exemple, sur la plateforme de cours en ligne Coursera, 48% des contenus sont créés par des universités américaines alors que 73% des apprenants actifs sont étrangers (les 5 premiers étant issus de Chine, Inde, Brésil, Corée du Sud et France).

Sur le troisième point, réside, selon Léa, le défi à relever pour nos sociétés, là où tous les acteurs ont encore leurs cartes à jouer.

 

Comment relever ce défi ? Ou comment préparer les générations en apprentissage à relever ce défi ?

Léa nous propose 6 scénarios d’approches innovantes d’apprentissage :

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Réalité virtuelle : un moyen intéressant pour nous immerger dans des mondes qu’on ne pourrait pas appréhender autrement et de travailler notamment sur notre empathie. 2 exemples cités : Clouds Over Sidra et The Enemy.

Gamification : ou l’apprentissage par le jeu, un moyen d’apprentissage par l’expérience plutôt que par la théorie. 2 exemples cités : Mon collège avec Minetest et Papers, please.

Ouvrir l’université : le conseil national du numérique (CNN) dans son avis rendu en mai 2016 au secrétaire d’Etat chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche Thierry Mandon, affirme le rôle d’accélérateur de la transformation numérique de l’université.

5 « polarités de transformation » sont évoquées dans le référentiel établi : les lieux d’apprentissage (exemple cité par Léa de l’université américaine Minerva, créée en 2012, sans Campus, et qui propose à ses étudiants de vivre dans 7 villes différentes durant leurs 4 années d’études afin de favoriser l’apprentissage par l’expérience), les contenus pédagogiques et les données, les recherches en éducation, les services numériques et les modèles économiques (exemple cité par Léa de l’université américaine Berkeley, qui propose à tous ses diplômés de suivre des formations gratuites une fois par an, favorisant ainsi l’apprentissage tout au long de la vie).

Apprendre par la recherche : tous chercheurs ! Exemple cité : les savanturiers du CRI.

Fouille de données : ou data mining, consiste à explorer les données (par exemple les historiques de modification d’une page sur wikipédia), afin d’atteindre un niveau de connaissance ou de compréhension supérieur.

Adaptive learning : est le fait de concevoir des parcours d’apprentissage adaptés à différents profils en utilisant différents outils (big data, psychologie cognitive, neurosciences, intelligence artificielle…). Un levier pour lutter contre l’inégalité des chances. Exemple de plateforme en France : Domoscio.

 

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Après le temps de l’inspiration (un grand merci à Léa pour cet exposé !), est venu le moment pour nous d’identifier les problématiques associées à ce défi en France, dans nos écoles, dans nos organisations…

De nos réflexions passionnées et intenses sur ce sujet qui nous touche de près, est ressortie la nécessité de sortir des initiatives innovantes d’apprentissage locales vers un passage à l’échelle, de déconditionner l’ensemble des acteurs de l’écosystème, de préserver la richesse et la diversité des connaissances tout en apprenant à la gérer… Et la place du codesign dans tout cela ? Plein de pistes à explorer…

 

 

Quelques liens et références utiles évoqués en séance :

 

Merci à Léa Douhard (CRI)  pour son intervention !

Restitution proposée par Zeineb CHAABANE, participante du Diplôme Universitaire Codesign.

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