Au commencement était la Parole (du codesign)

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Le langage est le support de la communication, il permet à deux formes vivantes d’échanger des émotions, des idées ou des informations suivant une sémantique partagée, c’est à dire une base commune d’unités de sens, les sèmes, et dont l’expression est structurée par une syntaxe.

Le langage peut s’exprimer sous diverses formes, il peut être sonore (le cri de la marmotte), visuel, ou encore chimique (comme pour les fourmis ou les neuro-transmetteurs des cellules nerveuses). L’important est qu’il transmet une information d’un être vivant à un autre, générant ainsi l’échange nécessaire à l’élaboration ou l’enrichissement d’une idée.

Le Verbe est l’éther de nos démarches collaboratives : « une substance subtile distincte de la matière et permettant de fournir ou transmettre des effets entre les corps » (Wikipédia,  éther physique) ; il nous permet donc de construire à plusieurs des idées, de façonner ensemble des concepts, ou de coordonner nos actions pour construire quelque chose.

 

Mais le langage n’étant pas pérenne,  étant instantané, il rend l’échange fugace, on ne peut le conserver. L’écrit, lui, est la matérialisation du langage, un moyen de cristalliser une histoire, une idée, un processus, une émotion. Vecteur matériel de la pensée, il pourra être consulté pour rappeler les échanges passés (conversations, dynamique de construction) ou leur résultat (idée, principe, modèle ou instruction).

Dans le cadre du DU codesign, Sophie Pène et Sébastien Rocq ont partagé avec nous ce rôle primordial de l’écriture comme transmetteur de la pensée et la difficulté, l’aridité de cette démarche. Ecrire, c’est se poser des questions :

  • Quel est le but, l’objectif, la finalité d’un écrit ?
  • Quelle forme cet écrit doit-il prendre, quels supports sont pertinents et impactants pour transmettre à l’autre l’information que l’on souhaite ?
  • Quel cheminement de pensées, quelle ligne éditoriale sera la plus adaptée à la finalité ?
  • Quel(s) angle(s) descriptif(s) utiliser ? Le réel, le mécanique, le perceptif, les 3 ?
  • Et nous en oublions sûrement…

Un écrit est en fait un processus souvent itératif car répondre à toutes ces questions n’est pas aisé, et rédiger d’une seule d’une traite le texte parfait est impossible.

Par ces quelques principes de base de l’écriture, nous avons donc été rapidement mis en abîme : une démarche d’écriture est exigeante, elle nous met en tension et nous engage personnellement… Car comme le disait Sophie, le langage transforme le monde !

 

Puis Sophie et Seb mirent aussi en exergue la perte d’une part non négligeable du processus créatif et intellectuel ; le cheminement de la pensée et le raisonnement, en particulier collaboratif, sont rarement entièrement fixés par l’écriture : nous avons du mal à capter le flot de notre “pensée collective, rendant difficile l’analyse de ce processus, et encore plus son amélioration.

Une première solution proposée en séance serait d’utiliser certains outils de capture des échanges, comme RealTimeDoc ; cela permettrait de capter le cheminement de la pensée collective, tout comme la facilitation graphique le permet aussi.

 

Ils nous proposèrent enfin un joli défi : celui de documenter le codesign, pour à la fois permettre à la communauté d’accéder aux contenus créés par le DU et le collectif Codesign-it! puis permettre à chacun de les retravailler, les enrichir mais aussi afin de tracer l’évolution de la discipline codesign.

Cette proposition fût accueillie d’abord avec surprise puis enthousiasme, elle déclencha de riches échanges sur l’enjeu, l’intention, l’envie (pour ne pas dire la gourmandise). Seb organisa alors un “mur de post-it” afin de capter et fixer nos échanges. De ces échanges naquirent certaines lignes de forces et convictions :

  • Définir plus clairment la finalité
  • Identifier les cibles de cette documentation
  • S’accorder sur les méthodes et outils nécessaires à ce travail
  • Clarifier les rôles et les postures des différentes parties prenantes de ce travail

 

Afin de nous inspirer dans cette démarche de co-construction et afin de la structurer, il nous fût proposer d’étudier des exemples de mode de documentation/écriture.

Mais un petit groupe de rebelles argua avec énergie que le travail collaboratif qui venait d’avoir eu lieu avait généré beaucoup de matière qu’on ne pouvait se permettre de perdre, et qu’avec ça, nous pouvions commencer à jeter les bases de l’organisation et de la structuration de cette démarche.

Cette réaction mit en exergue une situation de fait récursive : alors que nous avions échangé avec passion au sujet de la documentation du codesign, alors que beaucoup de matières et d’intelligence collective avaient été générés, nous n’allions pas jusqu’au bout des principes que nous tenions à décrire et documenter, nous n’allions pas garder de trace de ce point de départ ! En clair, nous n’allions même pas documenter la réflexion originelle de cet objectif que nous avions collectivement et volontairement choisis de porter.

Le groupe de dissidents tenta alors de faire une synthèse des débats, structurant les différents apports par thème afin d’ancrer les pistes dans un document de référence, sur lequel chacun pourra itérer pour apporter sa contribution à la façon de documenter le codesign ; il sera disponible dans une restitution suivante.

 

Pour ma part, je voulais transformer cet article en démonstrateur de la documentation du codesign :

  • quoi de plus démonstratif que de faire co-écrire par le collectif la restitution de cette matinée durant laquelle nous nous étions engané à documenter le codesign ?
  • quoi de plus récursif que d’aboutir par la co-écriture à l’explication du processus collectif qui avait jeté les premières bases de ce travail – un premier exemple de documentation de la documentation du codesign ?
  • quoi de plus engageant pour chacun que de participer à ce fondement ?

Pour être honnête, je ne pensais pas faire participer chacun, mais l’échec fut cuisant car aucune contribution ne vint enrichir le texte initial. Pis, ma démarche ne fut pas comprise et/ou engageante, m’obligeant à remettre en question mon approche et la façon dont je l’avais présenté. Une nouvelle boucle de récursivité se créa : si la restitution de cette matinée n’intéressait pas le collectif, c’est que ma ligne éditoriale, l’analyse de mes cibles et mes objectifs n’étaient pas clairs, me propulsant ainsi de nouveau dans l’abîme de la difficulté d’écrire…

 

En étant objectif, documenter le codesign n’est pas une nouvelle idée, c’est un but recherché par tous les codesigners que de documenter les méandres de constructions cognitives collaboratives. Certaines tentatives ont abouti à lancer les bases d’une documentation de la discipline, facilitant son essor ; d’autres ont échoué et le souvenir collectif de ces déboires donnent plus d’énergie au groupe pour recommencer non plus de zéro, mais d’un nouveau point de départ duquel on apprend des erreurs passées.

Cet article n’est donc qu’une petite pierre de la cathédrale qu’il nous a été proposé de construire…

Merci à Sophie Pène (CRI) et Sébastien Rocq (Codesign-it!) pour leurs interventions !

Restitution proposée par Quentin Lebel, participant du Diplôme Universitaire Codesign.

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