Story Telling : Toute une histoire …

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Sara : « Ce jour là, on peut dire que la journée n’avait pas très bien commencé. Le brouillard sur Paris nous faisait complètement oublier que c’était le printemps. La Seine menaçait de dépasser les 6 mètres.  Même les poubelles débordaient… »

Steve : « Ah oui ! Et puis ce jour là, c’était la grève aussi. 2 heures ! Il m’a fallu 2 heures au lieu de 30 minutes pour venir ! Sans compter les contrôles d’accès dignes d’un aéroport à l’accueil de la Tour Montparnasse. J’ai cru que je n’allais jamais arriver à rejoindre le Centre de Recherches Interdisciplinaires… »

Sara : « Peut-être, mais ça valait vraiment le coup ! D’abord parce que la vue sur Paris était incroyable, et surtout, parce qu’embarqués par Eric Axel Zimmer, nous avons vécu une véritable aventure ! »

Steve : « Oui une aventure c’est vrai ! Et maintenant,  nous en avons une nouvelle en perspective : construire une restitution sur le sujet de la session, le storytelling… »

Sara : « Nous devons même la …co-construire … »

Steve : « Sacré Challenge !!! Du coup, pour en parler, le mieux serait peut-être d’en raconter l’histoire selon ce que nous avons appris et expérimenté ? »

Sara : « Ce jour là, Eric Axel nous a mis « dans le bain » avec plusieurs vidéos dont celle du fameux discours de JFK  A man on the moon pour nous faire percevoir le mécanisme et l’impact très puissant du récit… »

Steve : « Oui je m’en rappelle.  Il y avait aussi celle de Martin Luther King  I have a dream … Finalement, savoir raconter une histoire est un secret des grands leaders. Pour convaincre, embarquer, expliquer ou communiquer, rien ne vaut une bonne histoire ! »

Sara : « Exactement ! Le storytelling, c’est une des plus hautes fonctions cognitives, car il permet l’application à soi et au collectif de mécanismes d’heuristique. »

Steve: «  Hein?& ‘%?  Heuristic : KézaKo ? »

Sara: « Heuristique, adjectif : permet de découvrir ou d’apprendre par soi-même ».

Steve: « Ok, mais là… ça plane trop haut pour moi ! Plus simplement, une histoire, pourquoi ça marche et à quoi cela sert ? »

Sara : « Ca sert à organiser le réel. »

Steve : « … »

Sara : « Les hommes fonctionnent cognitivement…, c’est a dire en faisant appel aux raisonnements, aux émotions et aux interactions. Grâce à la narration, ils peuvent donner du sens, organiser le chaos, s’embarquer et embarquer les autres. »

Steve : « D’accord, mais comment on fait ? Quelles sont les recettes ? »

Sara : « Eric Axel a évoqué plusieurs « théoriciens » qui ont tenté de comprendre les mécaniques et les invariants du storytellingVladimir Propp qui  a « extrait » dans La Morphologie du conte (1928) les invariants du récit à partir de l’analyse de 1000 contes russes. Propp y distingue l’unité de mesure du conte qui est pour lui « l’action d’un personnage définie du point de vue de sa signification dans le déroulement de l’intrigue ». Il définit ainsi trente et une fonctions, toujours identiques, qui se répartissent entre les différents personnages. Ces fonctions peuvent être regroupées en sept sphères d’action correspondant chacune à un personnage-type : l’agresseur, le donateur ou pourvoyeur, l’auxiliaire, le personnage recherché, le mandateur, le héros et le faux héros… »

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Steve : « Eric Axel a également parlé de Julien Greimas qui a élaboré le schéma narratif basé sur la logique cognitive des opposés. »

Sara : « Il a aussi évoqué Joseph Campbell qui a « créé » le voyage du héros et le monomythe en 12 étapes et enfin Christopher Vogler, auteur de Mythic structure for writers, véritable bible des scénaristes à Hollywood ! »

Steve : « Oui et j’ai été surpris d’apprendre qu’il y avait  une la table périodique des éléments d’une bonne histoire… »

Sara : « Il y a eu un peu de théorie mais surtout beaucoup de pratique pour nous permettre « d’expérimenter » le storytelling… »

Image3Steve : « Oui c’est vrai. On a d’abord réfléchi individuellement à notre livre ou film préféré, qu’on a ensuite partagé par petits groupes afin d’identifier quels sont les points communs qui font qu’on aime ces histoires : les ingrédients clés, les temps forts, les invariants. En vrac, je me rappelle des points suivants : rythme, personnage, esthétique, identification au personnage, émotion, point de rupture, surprise, danger, intrigue, jeu de forces, embarquement, lâcher-prise, évasion, intensité, unité de temps/lieu, début-fin-chute-parcours, espace laissé à une interprétation, altérité, 3 cerveaux, narrateur… »

Sara : « En fait, ça nous a permis de trouver par nous-mêmes les Invariants du récit identifiés par Propp ! »

Steve : « Et la deuxième expérience a commencé par un récit individuel de la période que l’on vient de vivre depuis qu’on a décidé de participer au DU Codesign… »

Sara : « Oui, en reprenant les bases du récit théorisé par Greimas : Quelle était la situation initiale qui nous a poussée à agir ? Dans quelle quête ? Quelles actions ont été mises en oeuvre pour accomplir cette quête ? Ce qui nous a aidé et gêné pour accomplir cette quête et enfin quel est le dénouement, le résultat obtenu… »

Steve : « Oui et ensuite chacun a raconté son histoire à son groupe et nous avons dû créer une histoire commune à partir de toutes nos histoires individuelles… »

Sara : « On s’est vraiment marré, même si la partie collaborative n’a pas toujours été simple ! »

Steve : « C’était vraiment marrant en effet ! Ces histoires sont devenues notre histoire à tous. Nous avons convergé tous très rapidement. »

4Sara : « Et surtout pour finir nous avons « construit » notre histoire, comme des enfants, à coup de rubans, pâtes à modeler, bouts de laine, coloriages… pour la raconter aux autres groupes. »

Steve: « On est arrivé à « prototyper » notre histoire grâce à l’étape de symbolisation. Elle nous a permis d’identifier les symboles qui racontent le mieux l’histoire et de la construire autour d’eux. »

Sara: « Certains ont pleuré, d’autres se sont agacés, beaucoup ont ri, ont eu des révélations, ont compris des choses, ce qui est sûr, c’est qu’on a tous vécu très fort cette expérience ! »

Steve : « C’était révélateur d’une équipe et du fonctionnement. En tout cas le storytelling permet vraiment de créer des buts supérieurs communs et de permette à un groupe de vivre une belle expérience collaborative où chacun trouve une place : ceux qui parlent bien, ceux qui modèlent bien… »

Image5Sara : « Steve, c’est bien tout ça mais on ne doit pas perdre de vue notre restitution… Que dis-tu d’utiliser Greimas ?»

Steve : « Situation, quête, sujet, opposant, auxiliaire, dénouement ? »

Sara : « Yes, Des idées???? »

Steve : « Euh….. on pourrait partir du Petit Prince qui, au lieu de demander un dessin, demanderait qu’on lui raconte une histoire…»

Sara : « Mouais… »

Steve : « Attends tu vas tout comprendre :
Situation : Le petit prince arrive sur la planète Ko-DizaÏne et veut une histoire.
Quête: Le peuple des Ko-DizaÏneurs se lance dans une session collaborative de storytelling.
Actions: Les Ko-DizaÏneurs utilisent les ingrédients théoriques et expérimentaux.
Auxiliaires : Un super facilitateur Eric Axel Zimmer, un super design de session collaborative.
Opposants : les Ko-Dizaîneurs se disputent et veulent tous avoir raison…
Dénouement : Aucune histoire n’est vraiment finalisée mais le petit prince est ravi. Il a vécu un super moment en regardant l’histoire de l’histoire. »

Sara : « ……OoKayyy…. , mais encore…. »

Image6Steve : « Le petit prince arrive sur la planète DiZaïiine, habitée par les Ko-DiZaïiineurs, un peuple fier, aimant par dessus tout expérimenter, créer, partager, collaborer, discuter, innover et ….
Le petit prince rencontre le roi des Ko-DiZaïiineurs : “Racontez moi une histoire s’il vous plaît”
Le roi des Ko-DiZaïiineurs s’exclame “ Une histoire !!!!, quelle histoire ? C’est un problème car je n’en connais pas !”
Ses fidèles ministres s’avancent et suggèrent : “Sire, ce serait une formidable opportunité. Notre peuple Ko-DiZaïiineur a faim de collaborer…” »

Sara: « Steve, tu t’emportes là… »

Steve : «  …les fidèles ministres Ko-DiZaïiineurs poursuivent : « Nous pourrions leur offrir d’expérimenter le storytelling en
leur faisant co-créer une histoire pour le petit prince, lors de nos jeux Ko-lympiques » ».

Sara : « Steve, tu sais que publier sur codesign-it.com, c’est quand même un truc sérieux… »

Steve : « Les jeux sont organisés.  Sous la direction et la houlette du MENTOR DiZaïiineur. Celui-ci rappelle les règles et la théorie du storytelling : Propp, Greimas, etc… »

Sara :  « STEVE… Ca peut être rigolo mais les trucs « enfantins », ça me parle pas trop, à part quand on peut utiliser la pâte à modeler pour codesigner !… »

Steve : « Dommage… Pour le coup, tu es une opposante à cette histoire… selon Greimas bien sûr… »

Sara : « Ou auxiliaire : notre quête est de CO-construire cette histoire à deux !! »

Steve: « Alors comment fait-on? »

Sara : « … »

Steve : « … »

Sara : «  Et si notre discussion d’aujourd’hui était l’histoire… »

Steve : « Tu veux dire notre dialogue ? »

Sara : « Oui. Est-ce que l’on peut identifier les bases de Greimas…? »

Steve : « Oh oui, la situation de départ, c’est lorsque que nous évoquions les grèves, la Tour Montparnasse… »

Sara : « La quête serait le fait de co-concevoir une histoire tous les deux pour restituer la session ».

Steve : « Les actions, ce sont tous nos échanges pour arriver à restituer cette session… »

Sara : « Les opposants ou auxiliaires… »

Steve : «:) :D C’est un peu nous deux, en alternance !»

Sara : « Et le dénouement, c’est que nous avons finalement écrit notre histoire sans s’en rendre compte à deux ! »

Steve : « C’était bien la peine d’en faire toute une histoire…»

 

Merci à Eric Axel Zimmer pour son intervention !

Restitution proposée par Sara Boucherot & Steve Costalat, participants du Diplôme Universitaire Codesign.

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