Hack ton entreprise !

 

makestorming

Dans le cadre du D.U. Codesign, nous avons eu la chance de rencontrer Marie-Noéline Viguié, co-CEO et co-fondatrice de nod-A / Makestorming.

Born to hack

Marie-Noéline Viguié s’est affranchie très tôt des carcans. Elle a pris la tangente dès sa sortie de l’EDHEC, en se lançant dans l’indépendance et l’entreprenariat sans jamais passer par la case “salariat”. Après plusieurs années de collaboration avec l’ASE/Capgemini qui lui ont permis de bâtir sa propre vision des processus d’intelligence collective, elle a participé à l’aventure de La Cantine/Silicon Sentier (aujourd’hui intégrée au NUMA), où elle a appréhendé de plain-pied l’univers des startups.
Puis elle a créé nod-A, avec Stéphanie Bacquere, en 2009 et co-fondé Museomix, un dispositif visant à hacker les musées (cinq ans d’existence, plus de vingt-cinq musées dans le monde).

Marie-Noéline, c’est une hackeuse dans l’âme qui aide les hackers en herbe à passer des mots à l’action au sein de leur entreprise.

Un premier appel au hack

En 2010, la difficulté des musées à renouveler leur public fait réagir un petit groupe de passionnés d’art : la tradition séculaire de présentation des œuvres, codifiée par des siècles de pratiques de conservateurs, est de plus en plus décalée des attentes et des modes de partage des nouvelles générations.

Ce petit groupe d’hacktivistes culturels décide alors de faire rentrer dans un musée – les Arts Décoratifs – des populations diverses (codeurs, designers, médiateurs musées, publics…) qui, pendant trois jours, imaginent de nouvelles façons de faire découvrir ou redécouvrir une œuvre. Pour ce faire, chaque groupe créé un prototype qui permet de mettre en valeur une création conservée au musée afin de sublimer l’expérience du visiteur grâce au digital, à la documentation (sonore, vidéo, écrite) ou en enrichissant l’œuvre par une installation dédiée.

Le résultat est époustouflant et onze projets originaux sont créés dont “Splendeur ou misère des courtisanes”, une mise en vie notamment audio de la chambre à coucher de la courtisane Valtesse de la Bigne.

Depuis, l’opération a été dupliquée en France et dans le monde (Montréal, Mexico…) et une dizaine de musées adoptent chaque année le format Museomix pendant trois jours. Le dispositif est même entré au catalogue de formation du Ministère de la Culture, ou comment le hack peut être repris et diffusé par l’Institution !

Tous hackers !

Les apprentissages de Museomix ont permis à Marie-Noéline et son équipe de faire un pas supplémentaire pour propulser la dynamique du “ hacking” dans le vaste domaine de l’entreprise.

Pour soutenir les corporate hackers en herbe, ils ont développé le MAKESTORMING, une approche qui réinvente la culture du travail dans les grandes entreprises en hackant leurs organisations et en y viralisant les pratiques du monde des startups.

Et c’est ce qu’elle a partagé avec nous dans le cadre du D.U. codesign. Nous avons écouté, médusés, ce conte héroïque et décalé, entre œil qui brille et regards qui se croisent – partages silencieux de situations communes que l’on aimerait bien REMIXER

Et forcément tout cela soulève une “grande” question : comment on peut devenir hacker dans sa boîte ou son organisation ?

Marie-Noéline nous a livré une recette somme toute assez simple :

1/ Des personnes motivées et curieuses issues de différents horizons avec un mantra :

je suis acteur / je suis en capacité de faire / je suis autonome / je vais assumer mes responsabilités
+
un objectif commun bien intégré
+
un goût immodéré pour la collaboration et le partage
+
de la persévérance
+
une grande propension à appréhender et à présenter les choses différemment
+
une capacité à désobéir pour “bien” faire

2/ Beaucoup de jus de crâne pour une première phase : l’idéation

3/ De l’adresse et du cœur pour la seconde phase : le prototypage

4/ De l’huile de coude et du culot pour la troisième phase : le test visible in situ

… à saupoudrer d’une pincée de folie et une grosse louche de courage !

Secret du chef : être humble et produire des réalisations simples et concrètes, rendre visible pour décaler les esprits de ceux qui nous entourent.

Quelques entreprises ouvrent d’ores et déjà la porte au hacking. Marie-Noéline a cité, entre autres, Accor, dont le “Shadow ComEx” composé de trentenaires challenge le ComEx institutionnel sur les décisions stratégiques autour de la transformation digitale. Toujours en support de cette dynamique, nod-A déploie depuis peu un programme #licence2hack : une semaine entière où la direction générale donne carte blanche à toute l’entreprise pour mettre à jour les failles de l’organisation, identifier les tensions à casser et, avec les employés et des ressources externes, lancer des hacks qui marqueront son histoire. Un véritable espace participatif pour libérer les idées et les actions.

Par essence, chaque individu peut y contribuer, s’il “adopte une attitude rebelle, constructive et bienveillante afin de créer de la valeur pour l’entreprise et redonner du sens au travail” (définition donnée par les co-fondatrices de nod-A).

Let’s do it !

Cette source d’inspiration offerte, il nous fallait l’utiliser, la travailler, s’y frotter…

Exemple d’une mise en application : hacker quelques modes de fonctionnements d’une vénérable entreprise de service octogénaire. L’objectif recherché ? Faire concrètement avancer des projets ou des sujets en accélérant leur mise en œuvre, faire évoluer ou contourner des processus trop lourds et complexes, voire amener des organisations à se redéfinir en faisant grandir les mentalités. Sur le papier cela paraissait simple, mais il aura fallu sauter quelques haies et étouffer quelques réflexes conditionnés pour expérimenter les premiers hackings.

Pour passer à l’action, il semblait nécessaire de repérer quelques pairs car l’union fait la force. L’appétence de certains pour simplifier l’organisation ou proposer d’autres façons de mener des projets est présente dans chaque organisation, il fallait donc les rencontrer, échanger avec quelques uns pour créer – disons plutôt amplifier dans ce cas – la dynamique.

Notre petit groupe formé, nous avons structuré une démarche simple pour atteindre des objectifs concrets ; nous avons donc :

  • listé quelques sujets que l’on souhaitait voir avancer,
  • identifié les points de blocages de chaque sujet,
  • réparti les tâches entre les membres du petit groupe d’hacktivistes fraîchement formé,
  • coordonné nos actions en échangeant sur les tactiques à adopter pour contourner chaque blocage rencontré.

Puis nous nous sommes lancés… Tous les fruits de ce hacking naissant ne sont pas encore mûrs mais l’arbre en porte maintenant quelques-uns. Grâce à notre envie, notre volonté et l’expérience glanée dans d’autres d’organisations, nous avons pu en quelques semaines :

  • renforcer une équipe en charge d’un sujet important pour collectivement l’accélérer en prenant du temps de travail sur sa mission principale,
  • réussir à lancer une expérimentation souhaitée par plusieurs directions dans le domaine de l’idéation participative,
  • aller chercher en externe des compétences nouvelles et trouver le financement pour prototyper de nouvelles idées d’un métier tierce.

En parallèle de notre groupe, nous avons découvert qu’un service avait monté une salle de créativité dans son bâtiment pour y promouvoir le Design Thinking, qu’un autre allait refondre son organisation et ses processus en faisant pleinement participer l’ensemble de ses collaborateurs à ce chantier, que la formation interne avait inclus “sous le radar” des contenus originaux (que certains esprits chagrins qualifieraient de subversifs – dont une conférence de Marie-Noëline !) et continuait allègrement dans ce sens tant qu’on ne la bloquait pas.

Quel que soit l’exemple trouvé, chacune de ces actions a été choisie à l’aune de ce qu’elle apporterait à l’organisation en terme de réalisation ou d’enrichissement du savoir-faire (connaissance et mise en œuvre) des collaborateurs.

La motivation première de tous ces hacktivistes rencontrés dans l’entreprise est la volonté de faire progresser la communauté, même si le chemin est long et sinueux.

Merci à Marie-Noéline Viguié pour son intervention !

Restitution proposée par Sara Boucherot et Quentin Lebel, participants du Diplôme Universitaire Codesign.

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