9 années d’expé collaborative chez Airbus

Engagement

C’est mon premier jour et je m’aperçois qu’ici, on commence à apprendre à nager en sautant dans le grand bain sans bouée. Grâce à Patrice qui assure le pitch, j’intègre que le « disco » a plus à voir avec une bonne adresse (le 10co est l’espace de Codesign-it! dans le 9ème arrondissement de Paris) qu’avec « Stayin’ alive ». Et que le nombre d’or local est 7 (+ ou – 2). Bienvenue dans la tribu ! Le DU accueille ce matin matin Antoine Scotto d’Appolinia et Eric Piat, venus partager l’expérience d’un lab d’innovation démarrée chez Airbus depuis 2008. Deux voix bien accordées : Antoine Airbus insider et Eric consultant supporter.

Stimulation

Au fil de la présentation, on comprendra que ce tandem a expérimenté successivement trois formes de codesign visant autant à accélérer qu’à sécuriser le développement de projets critiques et hautement techniques.

2008 : a lab is born (Accelerated Zone)

Un lab qui organise des sessions de regroupements d’experts sur des sujets concrets liés à l’A350, utilisant un dispositif fondé sur les travaux de M&G Taylor. Le gain sur le projet global de 4 ans est estimé à un an.
-> principe central : l’intelligence collective produit un alignement, une convergence des points de vue qui s’avère fructueuse dans la mise en œuvre ultérieure à la conception (l’expert ne peut ici imposer sa vue en solitaire),
-> conditions de réussite : simplification de la méthode, focalisation sur les points durs qui demandent de la coopération, préparation exigeante, sécurisation par des jalons stricts,
 -> à noter : l’AZ (50 sessions par an) s’insère dans un éventail plus large, avec des dispositifs « supported meetings » et « do it yourself »

2011-2012 : hack the AZ

Tout d’abord avec une AZ 2.0 : afin de réduire le coût de la « customisation » de l’A380, deux équipes vont travailler simultanément et en communication permanente à Hambourg et Toulouse.

-> principe central : un chemin critique de projet « blue sky key events » non défini par les tâches (type Pert ou Gantt) mais par les décisions clés communes,
-> conditions de réussite : un matériel high-tech de communication et la permutation fréquente du centre de gravité entre les 2 sites.

Ensuite, afin de résoudre un « merdier sphérique » (c’est-à-dire en 3D et 360°), un rassemblement permanent à Hambourg sur trois mois continus, pour sortir de la durée courte.

-> principe central : injecter un « mode plateau » qui associe les pratiques agiles des start-ups (organisation du temps à la journée avec brief / debrief) autant que le bon vieux kanban des années 80 (management visuel avec affichage des résultats des gains),
-> conditions de réussite : environnement flexible, connexions à assurer avec le reste de l’organisation, alternance des temps collaboratifs et des temps solitaires sur le plateau, méthode séquencée [scan – investigation – évaluation – detailed definition] ,
-> à noter : c’est fatiguant cette accélération de l’innovation !

2014 : un lab qui se réinvente en continu

On parle désormais de smart collaboration, un dispositif de plusieurs services afin de faciliter le travail collaboratif, non restreint à l’AZ.

-> principe central : maximiser la rentabilité du temps investi,
-> conditions de réussite : l’espace du lab d’innovation est un lieu d’accueil de workshops multimodaux, la simplification des structures de projets est essentielle,  une masse critique d’ expertises est nécessaire.

Facilitation graphique par Fredéric de Bailleul

Question 1 : pourquoi tant de réticences à l’implantation de méthodes collaboratives ? … retenons que par essence et par fonction, le collaboratif est orthogonal aux organisations françaises (bureaucratiques et hiérarchisées) dans lesquelles il est difficile d’appliquer le postulat formulé par Eric Piat « que le chef reconnaisse le génie du groupe » (les pionniers ne sont pas les sponsors) ; la solution venant alors du « mode pull » qui prend appui sur la demande, le besoin, l’usage … voire l’urgence.

Question 2 : comment ré-insourcer (internaliser) des expertises collaboratives ? … jouons sur un nouveau curseur pour doser entre insourcing et outsourcing, avec la recommandation d’hybrider les dispositifs car « ça dépend des cas » et il faut éviter deux écueils : l’entre-soi et la perte d’énergie dans la durée.

Question 3 : le collaboratif est-il une mode ou une solution pérenne ? … où je retiendrai que c’est une mode jusqu’à ce que le monde rechange de paradigme … ce qui peut paraître une pérennité à l’échelle d’une vie humaine (cf « la terre est plate » est une vérité qui a duré le temps qu’on la remette en cause). Plus concrètement, notre paradigme nous pose des problèmes qu’on ne peut résoudre qu’ensemble … ce qui ne nous est pas naturel (compte tenu du paradigme antérieur), d’où la « mode » des dispositifs visant à créer un écosystème qui l’accueille et le permette.

Réflexivité … personnelle

Toutes les lumières de cette séquence réfléchissent violemment sur le miroir de mes pratiques … la barre est haute ! Pendant cette session, Nadège a scribé (capturé graphiquement) sur un  panneau l’ensemble des échanges, Greg note à la volée les concepts du DU à maîtriser, Dominique photo-capte les travaux des groupes, Philippe me donne deux tuyaux pour m’aider dans cette publication, la générosité des intervenants invite à un échange sans fin, tout est fluide, l’énergie circule. Je suis au bon endroit puisque la question finale sur laquelle nous clôturons la session est : comment se réinventer tout le temps ?

Publication :

Restitution proposée par Véronique Mata. Merci à François Rochet pour son embarquement, Frédéric Debailleul pour sa Facilitation Graphique (en illustration), et à Philippe Charpy pour ses bons conseils, tous participants du Diplôme Universitaire Codesign. Merci aussi à Nadège Lossouarn, membre de Codesign-it! pour sa facilitation !

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