Le design au service de la protection des communs

Nous accueillons Sophie Pène, co-responsable du DU Codesign, côté universitaire : « Ecoutez-moi comme si j’étais une page web ». Mais au fait, c’est quoi les communs ? Et le design ? « Il est des choses qui n’appartiennent à personne et dont l’usage est commun à tous… » L’eau, l’air, les connaissances appartiennent à tous et sont donc ce que l’on nomme traditionnellement des « communs ». Les communs sont des ressources vulnérables qu’il est indispensable de protéger pour en assurer l’usage par chacun d’entre nous. Quant au design, il s’agit d’une matière transversale, non académique, mettant en lien différentes expertises pour contribuer à un projet. Ce qu’il permet : résoudre collectivement des problèmes de collectifs, de manière collaborative.

Imaginez donc SI, ou plutôt, QUAND le design se met au service des communs !

  • Cela signifie alors qu’une communauté, un groupe d’individus, s’empare d’un sujet puis collabore, imagine et invente de nouvelles voies pour protéger ce qui n’appartient à personne mais dont tout le monde à l’usage.
  • Cela signifie alors que le design peut se mettre au service du bien, du mieux, au bénéfice des individus mais aussi des communautés.

Stimulation par l’histoire. On aime tous les histoires, elles donnent vie aux idées, stimulent l’inspiration et permettent d’aborder les concepts de façon apparemment simple. Sophie Pène nous conte celle de Cesar Harada, incroyable et typique nouveau héros des temps modernes.

Pour le portrait, la version longue est ici https://www.linkedin.com/in/cesarharada/fr

“Cesar believes that nature, human and technology can coexist in harmony”.

Pour faire plus court : un trentenaire franco-japonais, ultra doué en tout, un CV long comme le bras qui cumule les expertises les plus diverses autour du design (ENSCI, ENSAD, puis Royal College of Art à Londres) mais cultive aussi un engagement pour l’expérimentation en contribuant à des labs d’innovation.

Il engage sa thèse autour du thème « apprendre à travailler avec de la documentation académique ». Alors qu’il est invité à Boston au Medialab du MIT comme chef de projet (au programme, maquette et prototypage), une catastrophe écologique majeure (l’accident de la plateforme BP « Deep Horizon » au Mexique en avril 2010 qui provoque une marée noire sans précédent) vient le heurter et capte toute son attention.

Il se rend sur place dans le Golfe du Mexique et observe les dégâts à l’aide de drones mais surtout il observe longuement l’ensemble des parties prenantes concernées par cette catastrophe (les experts, les océanographes, les bateaux censés dépolluer, les polluants qui dérivent …), il les observe en mettant le design au centre de sa réflexion.

De cette observation germe une idée : fabriquer des robots autopropulsés pour nettoyer la mer.

Il dédie un TED au sujet. Objectif : produire un réseau réactif d’experts ayant un intérêt commun dans le monde, la lutte contre la pollution. Chemin faisant il mobilise autour de lui partout dans le monde des scientifiques, des océanographes, des concepteurs qui s’emparent de son idée et commencent à la prototyper. Ce sont plus de 150 co-concepteurs qui s’emparent du sujet (tout est disponible en open source bien sûr), les protos circulent de par le monde et Cesar Harada suit imperturbablement leur évolution.

Le projet prend forme sous le nom de PROTEI, l’ensemble des développements liés au projet sont déposés dans Git Hub, disponibles en open source. Reste à imaginer un modèle économique viable pour rémunérer cette valeur créée.

En adoptant cette démarche, et en réorientant l’action humaine vers le bien commun et la préservation des communs, Cesar Harada conçoit un véritable design de système.

Son parcours, c’est lui qui en parle le mieux dans le TED qu’il consacrait en Juin 2012 à son « idée innovante pour nettoyer les marées noires ». https://www.ted.com/talks/cesar_harada_a_novel_idea_for_cleaning_up_oil_spills?language=fr

 

Dès lors comment s’inspirer de cette histoire et la rapprocher de nos univers ?

Pour les personnes plus visuelles : la superbe facilitation graphique de Fred Debailleul.

 

Il s’agit à présent d’identifier, à la lueur des éléments partagés par Sophie, les points de tension, d’intensité. Nous voici à présent répartis en petits groupes à nous questionner collectivement. Qu’avons-nous compris ? Quelles questions nous posons-nous ?

Pour faire simple, voilà ce qu’il faut en retenir :

  • Comment le design se met au service des communs ? Quels sont les éléments déclencheurs ? Pourquoi ? Par qui ?
  • En quoi le design permet-il la fabrication et/ou la préservation des communs ?
  • Comment engager une communauté sur des problèmes en lien avec les communs ?
  • Comment favoriser l’émergence d’une communauté, d’un collectif engagé, animé par une même ambition, qui œuvre à la préservation des communs ?
  • Comment structurer, organiser et animer une communauté virtuelle sans rencontrer les travers classiques ?
  • Si l’expérimentation est indispensable, comment faire pour essaimer et s’emparer du sujet de la protection des communs, au-delà de l’expérimentation souvent circonscrite à un territoire ?
  • Comment trouver un équilibre financier et permettre à la communauté de vivre ?
  • Quels moyens trouver pour cristalliser la production de contributeurs disséminés ?
  • Le design serait-il un commun ?
  • Comment accélérer les processus de préservation des communs ?
  • Comment associer toutes les parties prenantes ?

Quelques éléments de réponses…

  • Pour favoriser la réussite des projets, il est nécessaire que ceux-ci soient portés et incarnés par un individu emblématique,
  • Pour faire le bien, il est nécessaire de transmettre, convaincre et diffuser dans une logique d’intérêt et de responsabilités individuels et collectifs, partagés,
  • Rôle de chaque contributeur : se mettre au service du bien commun sans mettre le bien commun à son service pour mobiliser la communauté,
  • Le design est un geste politique.

 

Avec l’aide de Greg Serikoff, nous redécouvrons ce que nous comprenions déjà du design de système sans le savoir.

En lançant l’Ipod (disparu aujourd’hui), Steve Jobs ne lance pas un produit, il lance le premier élément d’un système. En effet, ce qui rend l’univers Apple aussi puissant, ce ne sont pas ses produits, c’est le design du système autour duquel la marque s’articule : de l’iPod à iTunes à l’AppStore. En créant des logiques d’interdépendance de ses produits et services, Apple renforce son système. C’est d’ailleurs le propre du design numérique à l’œuvre aujourd’hui : nous vivons dans une société connectée dans laquelle tous les objets fabriqués ont une interface et font donc système.

Ce qui conduit Jean-Louis Fréchin (patron de l’agence Nodesign) à dire que « le design contemporain produit des objets à finir » (notamment grâce à la capacité que nous avons en permanence à les connecter à des systèmes différents).

A propos de JL Fréchin :  https://www.lesechos.fr/16/10/2013/lesechos.fr/0203070614436_jean-louis-frechin–nodesign——le-numerique–c-est-la-mobilite-des-idees—.htm

Pour revenir et boucler avec Cesar Harada, celui-ci apporte une amplification du design de système en le mettant à l’échelle de la problématique mondiale du développement durable et donc de la préservation des communs.

« Quand on design un système, on est beaucoup plus puissant que quand on design un produit »

C’est de nouveau à nous de jouer !

En équipe nous réfléchissons autour de plusieurs projets liés au design de système :

  • Un Lab d’innovation à vocation « développement durable » dont le fonctionnement serait connecté à un écosystème animé par le même objectif,
  • Une économie de plateforme collaborative,
  • Une maison connectée,
  • Les datas urbaines pour optimiser la vie au sein des villes (dans une logique écologique),
  • Les datas pour optimiser la qualité de vie.

 

« Rien n’est à craindre, tout est à comprendre »

« Interroger la notion de communs c’est interroger de manière plus globale les écosystèmes, leur fonctionnement et la façon dont on va partager la connaissance, de l’intelligence et préserver ce qui importe à l’humanité dans son ensemble. »

 

Restitution proposée par Hélène Amoussou et Sophie Sachnine, participantes du Diplôme Universitaire Codesign.

Merci à Sophie Pène et à Zeineb Chaabane pour sa facilitation !

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2 thoughts on “Le design au service de la protection des communs

  • Merci pour cette restitution qui me permet de me replonger dans ce moment de réflexion profond que nous avons vécu lors de cette session.
    J’aime l’idée de pouvoir associer de façon harmonieuse la préservation de la naturelle, l’avancée technologique et l’évolution nos sociétés. Vaste chantier mais quel projet enthousiasmant !

  • Oh que j’aurai être de cette cession, très intéressant.
    Et donc, pour rebondir sur les pistes de réponses, qui serait partant pour monter ce « lab d’innovation à vocation « développement durable » dont le fonctionnement serait connecté à un écosystème animé par le même objectif ??

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