Aventure poétique autour du langage et des mots

Deuxième jour de la deuxième session de mon DU Codesign. Jusque là les interventions type « témoignages de spécialistes poussant à la réflexion collective » se succédaient selon un process de « pédagogie inversée » commun, régulier, et surprenant. Ce matin Antonio Meza, (session sur le storytelling) nous disait : « une histoire, c’est le récit de quelque chose qui va changer »…

Cet après-midi, « les Commissaires Anonymes » nous proposent d’expérimenter les influences, de manière individuelle et collective. Cécile Roche Boutin et Mathilde Sauzet Mattei , avant même de se présenter, et nous laissant ainsi encore vierge de l’influence de leur parcours de leurs « compétences », nous donnent à vivre une première expérience :

Lire, écouter puis interpréter collectivement un extrait de la conférence d’André Gide, « De l’influence en littérature », de 1900. Nous nous arrêtons sur « s’éduquer, s’épanouir dans le monde, il semble que ce soit se retrouver des parents ». L’apologie du « recopiage » de Gide, toujours source de création puisque soumis aux influences qui nous entourent fait échos au témoignage de Cédric Defay, de la veille : après avoir pratiqué et encore pratiqué des centaines de fois la technique de Scan Focus Act de MG Taylor, Cédric se sent légitime à revendiquer sa propre technique « modèle général du changement », faite des différentes influences de son parcours…

Suite de l’aventure poétique de l’après-midi : découvrir l’œuvre de plusieurs artistes et réagir.

« bien faites / mal faites / pas faites » par Robert Filliou

Robert Filliou, qui invente le principe selon lequel les oeuvres « bien faites/mal faites/pas faites » ont le mêmes valeurs  ; Michel Foucault et ses « hétérotopies » bien ancrées dans le réel contrairement aux « utopies » , des lieux dans lesquels des femmes et des hommes expérimentent d’autres manières d’agir et de vivre ensemble ; Francis Alys qui parvient à trouver des moyens poétiques et inventifs pour donner à réfléchir à des sujets politiques ou économiques de notre société comme ces péruviens qui repoussent la dune dans le désert « when faith moves mountains »; le collectif Exyzt et son projet collaboratif à Cova do Vapor auquel ont participé les Commissaires Anonymes ou encore l’étonnante Josephine Kaeppelin et son processus créatif « appuyer sur pause » à partir d’un monochrome noir de 25 mètres de long, co-conception d’une œuvre entre l’artiste et un imprimeur embarqué à son insu dans l’aventure.

Ces artistes nous permettent de faire un « pas de côté », de prendre du recul, et de nous poser des questions pour explorer le sens de la question du jour…

C’est maintenant à chacun d’entre nous de tester la rencontre impromptue et d’en mesurer l’influence. Nous partons à l’aventure dans le quartier à la recherche de « la » rencontre qui apportera une pierre à l’édifice de notre projet, notre XP (expérimentation). Chacun se livre à l’exercice, depuis un banc, assis, en attendant la rencontre (qui ne vient pas si on la provoque pas un peu) ; en dépassant ses limites et en partageant le récit émue d’une octogénaire qui livre, contre toutes attentes, les aventures extraconjugales de sa jeunesse ; ou encore en vivant une rencontre qui ancre une conviction qui se forge depuis mon entrée au DU : prendre des risques, provoquer le changement, en accepter à la fois le danger et l’excitation ; faire confiance au groupe (comme celui qui rattrape au vol le randonneur dans le récit du matin avec Antonio ; où la jeune fille de la foire du trône rattrapée au vol) ; et puis faire confiance à la bonté de l’être humain, en plaçant au cœur de mon projet la solidarité, la coopération, le partage, thème qui ressort en permanence,encore, lors de mes discussions avec les restaurateurs du quartier.

Et si l’aventure que nous avons vécu était une performance collective poétique, elle aussi, déployant 25 humains dans un quartier à la rencontre de l’autre, de l’enrichissement mutuel ?

Le projet collaboratif à Cova do Vapor du collectif Exyzt

Pour finir, nous jouons à déplacer notre point de vue, notre centre de parole. Nous nous saisissons des objets déposés sur la table : une rallonge, une chaussure, une mappemonde, une toupie…et nous nous projetons dans ce que l’autre est en train de penser. Nous prenons les éléments en considération et prenons de la distance par rapport à notre idée. Changer de rôle et utiliser un objet pour penser la complexité peut aider à créer une position plus ouverte pendant un débat, plus empathique. Pourquoi ne pas adapter ce genre d’exercice à l’exploration des mots-clé et parfois réducteur des post-its, si souvent utilisés en session de codesign ?

Voilà l’heure de se quitter et l’exploration de l’après-midi prend fin. Quand nous collectons chacun nos 10 pages pour créer notre « documentation et archivage en temps réel » proposé par  les Commissaires Anonymes, je repense à la phrase de Yona Friedman cité par Véronique dans son pitch « accepter la part de l’imprévisible ». Qui aurait pu imaginer le cheminement de cet après-midi pour réfléchir aux influences ? Le DU Codesign n’a pas fini de nous surprendre.

Et la morale de l’histoire, Antonio ? Si nous prenions le temps de nous arrêter parfois et de réfléchir aux influences qui nous entourent pour relancer notre expérimentation permanente dans une direction (ou dans une autre) après « avoir appuyé sur pause » ?

Merci à Antonio Meza, Cécile Roche Boutin et Mathilde Sauzet Mattei pour leur intervention.

Restitution proposée par Cécile Decognier, participante du Diplôme Universitaire Codesign.

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