Les Grands Voisins : et demain ?

Les Grands Voisins sont bien installés ! Aucun doute, le site a su conquérir le quartier, charmer ses habitants, et même s’affranchir entièrement de son enclave parisienne. Une fois passées les portes du lieu, l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, non loin de la place Denfert-Rochereau, le doute est permis : on pourrait aussi bien être à Marseille, à Berlin, à Oslo… Les Grands Voisins sont une ville dans la ville, un écosystème à part entière, que l’on pourrait comparer à une fourmilière à idées ou à un incubateur de créations, un lieu où l’on vient perdre ses repères pour baigner le temps d’un diner ou d’un atelier artistique dans un état d’esprit singulier. Dès lors, la position géographique n’a plus d’importance, l’espace est dématérialisé, on est ici et ailleurs, pourvu qu’audace et inspiration soient au rendez-vous.

Car l’abstraction l’emporte sur le cadre, pourtant bien matériel, et l’impalpable sur le tangible : si le sauna qui trône entre un bar et un vide-grenier sera démonté comme une tour de kaplas d’ici janvier 2018, si le terrain de foot ou le camping seront eux aussi démantelés l’année prochaine, l’impulsion créatrice qui a animé le projet depuis plus de deux ans est destinée, elle, à s’étendre. Telle une abeille à la recherche d’un champ de fleurs à butiner.

C’est l’ambition de Nicolas Détrie, cofondateur de l’association Yes We Camp, en charge avec l’association Aurore et l’association Plateau Urbain de la coordination du site des Grands Voisins.. Yes We Camp avait déjà rassemblé des architectes, artistes, urbanistes et volontaires à Marseille, Aubervilliers, ou Pantin, pour s’approprier des espaces abandonnés en y installant des activités hétéroclites, collectives et surtout…temporaires.

En contactant Codesign-it! par l’intermédiaire d’Alain Biriotti, Nicolas Détrie a souhaité amorcer une démarche rassemblant les acteurs divers et variés des Grands Voisins, pour pérenniser l’esprit à l’origine du projet. Une session collaborative de 48 heures, cent-vingt participants et une large équipe de facilitateurs bénévoles* rassemblée et stimulée par Nicolas Wauquiez, pour réfléchir aux espaces communs de demain, à la cohabitation des populations, et pour penser l’insertion sociale en terme d’urbanisme et d’architecture.

Avant tout, l’objectif a été de trouver  » les mots pour le dire « . Comment raconter les Grands Voisins ? Comment partager cette expérience pour la faire durer dans les esprits, quand ses productions physiques auront disparu ? Car le projet, aussi élaboré qu’il soit, a été en grande partie le fruit des circonstances, un château de cartes monté de toutes pièces par le hasard des rencontres, des intuitions, une alchimie mystérieuse qui a fonctionné sans plan précis et sans consignes. L’intérêt d’une opération sans filet étant de ne jamais fixer les choses, d’en faire un tout malléable et changeant.

Le design et la facilitation ont donc été guidés par l’ambitieuse volonté de modéliser les représentations et les croyances des parties prenantes des Grands Voisins. Pour mieux faire ressortir une certaine vision de l’espace commun et du vivre ensemble, quoi de mieux que de l’incarner pleinement par deux jours de vie collective ? Les différents acteurs impliqués dans les Grands Voisins, d’autres associations et collectifs externes ainsi que les facilitateurs ont logé sur place, préparé les repas aux côtés du personnel en insertion (migrants, SDF, anciens détenus…), et alimenté une réflexion par équipes de taille variable, entre deux et dix personnes. Des présentations des actions menées par les participants ont fait l’objet de regards croisés, qui ont donné suite à des échanges et à une problématisation commune.

L’originalité de la démarche a été de combiner ces deux aspects dans un mode collaboratif : participer aux activités concrètes mises en place aux Grands Voisins (aide à la cuisine, gestion des infrastructures…) et en parallèle encourager les apports d’expériences par des conversations entre les associations.

En toile de fond se sont construits au fil des deux jours « les mots pour le dire » ainsi qu’un certain nombre de rebonds possibles, pour concrétiser une certaine façon de raconter le projet et d’en dessiner les intentions »

Yes We Camp, épaulé par Codesign-it!, n’aura été finalement qu’un catalyseur, créant les conditions pour des rencontres fructueuses, et l’identification d’acteurs qui demain feront exister ensemble d’autres initiatives. Des ambitions communes s’échauffaient déjà, il a suffi d’un coup de pouce pour leur permettre de se découvrir un même langage.

Bien plus que donner une suite aux Grands Voisins, ou chercher à l’implanter ailleurs comme un bernard l’hermite changeant de coquille, c’est à l’idéation en elle-même, au processus créatif de production, qu’a été donné un nouvel élan. Ce qui a fait vivre les Grands Voisins, c’est peut-être avant tout de le savoir éphémère. L’énergie qui a été mise en œuvre pour le rendre possible, elle, n’a pas dit son dernier mot.

*l’équipe bénévole de Codesign-it! :

  • Alain Biriotti
  • Alienor de Monredon
  • Catherine Foliot
  • Cédric Defay
  • Chloé Renault
  • Greg Serikoff
  • Guillaume Danel
  • Marie-Violaine Huard
  • Nico Wauquiez
  • Pierre-Marie Boutet
  • Thibault Decousus
  • Violaine de Margerie

Documentation de projet proposée par Nina Valin et Marie-Violaine Huard

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