Ça ne prend pas toujours…

 

La veille d’un atelier, avez-vous déjà eu l’inquiétude que le groupe ne prendrait pas ? J’ai souvent cette petite crainte, qui disparaît assez vite en me disant que jusqu’à présent, il y a toujours quelques chose qui se passe. Et dans le pire des cas, même si rien en sort, cela ne changera pas la face du monde. Mais en ce jour de janvier, lors de mon embarquement dans le DU, justement, ça ne prend pas !

Je suis arrivé la veille. Nous avons déjà formulé des problématiques à l’occasion des trois interventions précédentes. Cette fois-ci, l’atelier se fait en anglais et nous écoutons Shea Hagy, un architecte qui nous vient de Suède. Il nous invite à nous projeter dans le futur de l’industrie du bâtiment.

Première session de post-it : chacun imagine l’habitat et la ville de demain. La cohabitation avec la nature, la modularité des bâtiments, le recyclage, la vie lunaire… nous partageons à tour de rôle nos idées.

Shea nous propose alors des sujets sur lesquels travailler : CO2, Materials, Waste, User Centric, Equality, Innovation. Je vois déjà comment va se passer le reste de l’après-midi : problématiser en groupe sur un des sujets pendant 30 minutes, restituer, puis apporter un début de réponse sur la problématique de son choix.

Allez ! Equality me tente assez. Nous sommes quatre à nous plonger dedans pendant les 30 prochaines minutes. Première étape, le définir : “Que signifie Equality pour chacun de nous ?” 5, puis 10, puis 15 minutes de débat plus tard, nous n’avons toujours pas de définition précise, mais nous sommes d’accord pour parler d’équité et non d’égalité. Nous poursuivons et essayons de formuler une problématique. L’ambiance se tend.

Le fait que nous n’ayons pas de définition commune du mot “Equity” nous amène à être constamment en désaccord. De plus, ce sujet semble nous impliquer personnellement. Comme le dit l’une d’entre nous, derrière ce thème il y a la valeur de justice qui nous touche tous. Les systèmes de valeur s’entrechoquent…

Marion* prend la parole un peu agacée : “Comment fait-on quand nous sommes bloqués ?” Ça y est ! le mot est lancé ! “bloqués”
Du tac au tac, Cynthia* explique que cela n’arrive jamais et qu’on finit toujours par se mettre d’accord.
Et ma petite voix qui me dit : “Pourquoi avoir choisi ce sujet ? Au moins, pour définir CO2, il n’y avait pas besoin d’une dissertation de philosophie !”

Nous listons tant bien que mal les questions que nous nous posons autour de l’équité, sans être vraiment convaincus.

– “De toute façon, ce ne sera pas à nous d’y répondre !“
– “Oui, mais il faut au moins que le groupe suivant comprenne la problématique posée”.

Plus qu’1 minute… nous nous mettons d’accords sur une large problématique, pas trop engageante.

Ouf ! Nous avons survécu, sans conviction commune, mais nous sommes allés au bout. Nous avons tous hâte de découvrir le travail des autres groupes et de choisir une bonne problématique !

Après la restitution, la consigne est de repartir sur son sujet et de tenter d’apporter une solution. Tous les participants repartent dans leur kiosque, sauf nous quatre qui partons voir le facilitateur pour lui demander si, comme d’habitude, nous pouvons aller travailler sur d’autres problématiques.

Comme l’atelier se fait en anglais, l’équipe pédagogique ne souhaite pas apporter trop de complexité et chaque équipe travaille donc sur son sujet.. moment de silence… puis regain de motivation collectif. Marion* pose une condition : “OK, mais que ce ne soit plus conflictuel”

Même si cela nous demande un effort, nous avons tous à cœur d’aboutir à quelque chose. Je pense que pour chacun(e), l’enjeu est plus de dépasser ce moment un peu délicat que de trouver une solution.

C’est reparti : notre désaccord est une problématique en soi. Nous repartons de là. Nous essayons de définir un terrain de jeu. On teste, on tente, on se plante et on recommence…

Et puis, il y a aussi mes maladresses de débutant qui permettent de se focaliser sur autre chose : j’écris de manière illisible sur le panneau effaçable, on me fait vite remarquer qu’il faut TOUJOURS écrire en lettres capitales. “Ah ! et j’imagine que vous voulez un peu de couleurs aussi ?! ;)” Peu à peu, l’ambiance se détend.

Ah la fin de l’atelier, nouvelle consigne du facilitateur : un pitcheur reste à son kiosque et le reste du groupe va apporter ses idées aux autres kiosques pendant 5 minutes (pollinisation croisée). Quelle porte de sortie idéale pour tout le monde… sauf pour celui qui pitche !

Le reste de l’atelier a peu d’intérêt mais nous avons tout de même réussi à restituer en groupe des pistes qui nous semblaient intéressantes.

Avec un peu de recul, cette demi-journée s’est jouée sur 5 points :

La légèreté

Nous avons oublié une règle essentielle : aborder ces moments avec légèreté ! Très rapidement, nous nous sommes entrée dans une logique de “Sauver le monde”. Nous avons essayé de co-construire en 30 minutes LA solution qui allait résoudre l’exclusion dans le monde !

D’ailleurs, le fait d’avoir introduit de l’humour, du jeu, a permis de dédramatiser nos questionnements philosophiques.

La pause

Je pense que le moment de restitution entre les deux ateliers a été une pause essentielle pour le groupe. Nous n’y avons pas pensé, mais peut-être que nous aurions dû faire un temps mort.

Un terrain de jeu

Il doit être commun et compréhensible.
La session en anglais, et un thème qui nous touche… tous les ingrédients étaient réunis pour que nous ayons chacun notre interprétation.
Alors que nous avons passé les 30 premières minutes à nous confronter sur nos définitions, la définition d’un terrain de jeu commun a permis de relancer la dynamique de groupe.

Essayer (test and learn)

Nous n’arrivions vraiment pas à être en phase. La moindre initiative était discutée : pourquoi ? comment ? et si ?… le fait d’improviser, de tenter, d’être dans l’action a permis d’aboutir à quelque chose. Par exemple, pour converger vers une idée clé, nous avons tenté de faire un vote par dotmocratie (vote par gomettes). Bien entendu, nous avons sélectionné trop idées et avons dû voter 3 fois de suite ! Même si c’était laborieux, cela a permis de rajouter du comique de situation.

Le feedback / réflexivité

La veille, nous avions passé du temps sur la notion de feedback mais ne l’avons pas fait pour notre groupe. J’y ai pensé le soir en réfléchissant à ce que j’allais écrire. Je me demandais si lors de la restitution, chaque membre du groupe se sentait encore engagé ?

Suite à mes échanges, chacune m’a dit se sentir encore impliquée lors de la restitution mais contente que ça prenne fin. J’ai appris un peu plus tard que certaines avaient même pris le temps de discuter de leurs réactions.

Et une nouvelle fois, grâce à la participation de chacun(e), le groupe a réussi à se débloquer…

*les prénoms ont été changés


Merci à  Shea Hagy pour son intervention !

Restitution proposée par Aymeric Bellamy-Brown, participant du Diplôme Universitaire Codesign.

Licence Creative Commons Cette œuvre du Diplôme Universitaire Codesign est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

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