Individualisme, conformisme et créativité

La créativité est un sujet inépuisable, d’autant plus dans nos sociétés où l’individualisme et le conformisme s’entrechoquent continuellement.

Pour cette dernière demi-journée de notre session de décembre, Jeanne Bernard nous a fait le plaisir d’intervenir sur un sujet majeur : « Individualisme et Créativité ». Jeanne est membre du collectif Codesign-it, fondatrice et présidente de Katsi, agence de de résolution de problèmes et de facilitation de groupe, basée à Lyon. Elle accompagne des grands groupes et collectivités et propose des formations.

Pour introduire son propos, Jeanne a choisi de nous parler d’expériences marquantes de psychologie sociale : expériences de Standford, de Stanley Milgram ou encore de Solomon Asch.

Pour mettre en image cette dernière, nous avons visionné un extrait de l’expérience de Asch, qui démontre le pouvoir du conformisme sur les décisions d’un individu au sein d’un groupe. Solomon Asch explique que l’individu se conforme pour éviter d’une part le conflit entre deux opinions différentes (l’une exprimée par la majorité, l’autre exprimée ou représentée mentalement par le sujet en minorité) et d’autre part, pour éviter d’être rejeté par la majorité. Pour lui, le conformisme correspond à un suivisme. Plus largement, la notion de conformisme implique pour le sujet le changement de comportement à l’intérieur d’un groupe, conscient ou non, afin d’être en accord avec ce qui est attendu d’un individu ou d’un groupe dans une situation donnée : être conforme veut dire ne pas dévier de la norme admise, ne pas prendre une liberté en agissant de façon différente de ce qui est attendu, socialement.

L’influence du groupe peut être de nature informationnelle, lorsque l’individu sent que le groupe à raison contre son opinion, ou normative, lorsque l’individu recherche l’approbation des pairs.

Dans le cadre de la facilitation d’un groupe, le conformisme est un risque commun qu’il est important de prendre en compte afin de laisser la créativité de chacun s’exprimer et d’éviter que le groupe prenne le pas sur l’individu. Pour y remédier, Jeanne nous a donné quelques astuces :

-permettre à chacun d’exprimer, dans le silence, sur un temps imposé, ses idées sur un support,
-recourir au langage métaphorique afin de déséquilibrer le mode de pensée, notamment grâce aux cartes de photo-langage,
-utiliser les connexions forcées pour éviter l’influence informationnelle et prendre de la hauteur, grâce à des images inspirantes,
– …

Nous sommes ensuite allés plus loin dans l’échange de bonnes pratiques en évoquant les conditions à mettre en place afin de favoriser l’échange :

– Réaffirmer les règles du jeu et les valeurs, Il est primordial de les afficher pour s’y référer tout au long de la session.
– Réaliser un tour de table en préambule pour sentir l’état d’esprit des uns et des autres. Au besoin il peut être utile de diviser les groupes pour plus d’harmonie. De manière plus générale un temps de « check in » et de « check out » est nécessaire.

Enfin, afin de favoriser la symbiose entre le facilitateur et son groupe, il faut être au clair sur l’objectif et jouer sur 3 facteurs :

-temps : alternance de passages individuels, temps collectifs et de pauses
-modalités : post-it, métaphores
-et enfin un facteur capital : l’attitude, pleine de bienveillance et d’humour

Faut-il forcément savoir s’affranchir d’une logique de groupe pour être créatif ? Le groupe finit-il toujours par primer sur l’individu au risque de produire un consensus mou et conformiste ? Ne sommes-nous pas inégaux face à l’affirmation de nos idées et la confiance en soi ?

C’est avec toutes ces questions en tête que nous nous sommes répartis en 3 groupes afin de problématiser.

A l’issue de cette phase, le feedback de Jeanne au groupe a rapidement dévié vers une explication très pratique (encore une fois !) de la façon d’amener un feedback, grâce au « feedback sandwich », (ou encore « feedback burger »). Faire un feedback et le recevoir n’est pas toujours aisé, et j’ai trouvé ce découpage en différentes étapes efficace. Il s’agit d’entourer les pistes d’améliorations plutôt négatives d’un premier retour global et positif et d’un dernier retour positif et s’appuyant sur des éléments précis.

Ainsi dès le début, notre interlocuteur est mis en conditions pour entendre l’ensemble de notre feedback, positif comme négatif.

Cela a fait écho pour moi au moment d’échange que nous avons eu lors de cette même session de décembre à la suite de l’après-midi consacrée au grand ragout. L’objet de ce billet n’est pas de revenir en détail sur ces échanges mais certains propos auraient surement gagnés à être amenés de manières plus adaptées afin de ne pas blesser et d’être correctement entendus. Enfin last but not least, Greg a profité de ce moment pour nous faire cadeau d’une leçon du « feedback réussi en 10 points », condensé précieux de ce que le feedback doit être : authentique, bienveillant, concis, précis, préparé, recevable, réciproque…

Pour conclure, cette session pleine d’exemple pratiques aura été très concrète pour la nouvelle entrante du DU que je suis.


Merci beaucoup à Jeanne Bernard pour son intervention inspirante et à Elina et Greg pour la facilitation !

Restitution proposée par Laura Ranger-Martinez, participante du Diplôme Universitaire Codesign.

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