A la recherche du problème perdu…

entonnoir

Nous avons la solution, quelle est le problème ?

En élaborant des solutions, nous restons parfois suspendus à se demander : au fait, quel était le problème à résoudre, où va-t-on, à quelle question répond-t-on ? Ou pas. Difficile parfois de concilier le temps de la question et du faire.

A chaque session du D.U.Codesign, nous parcourons l’étape de problématisation du cycle de pédagogie inversée (PI). Fort heureusement. Une sorte d’hygiène que je trouve salutaire pour des pratiques d’innovation collaborative qui cherchent et donnent sens.

Lorsque j’ai perçu l’attention particulière portée à la problématisation lors de cette session fin janvier avec Ange Ansour, intervenue pour parler des Savanturiers, je n’ai pas hésité à me saisir de cette publication. Pas de hasard que ce sujet émerge alors, je constatais une forme de récursivité en reprenant la définition des Savanturiers : « Nous sommes tous nés chercheurs, donc curieux et avides de comprendre et d’agir. Les Savanturiers œuvrent pour une école ambitieuse qui formerait tous les élèves à la créativité du questionnement, à la rigueur de la recherche et à la coopération au service de l’intérêt commun. Nous nous engageons pour former des citoyens humanistes et acteurs d’une société juste de la production et du partage des savoirs. »

Une mise en péril dansante

Ange Ansour nous permet d’aborder la complexité des Savanturiers, et met en avant le problème d’une croissance incontrôlée, avec de fortes demandes de croissance supplémentaire. Elle nous suggère un challenge : comment répondre à la demande de croissance, tout en restant un dispositif complémentaire de l’école, sachant que l’action n’a jamais été structurée ?

Nous pouvons nous emparer de cette question, ou bien en chercher une autre. Ces questions doivent nous importer personnellement dans tous les cas.

Ma recherche de question commence avec deux autres participants, Emmanuelle et Martin. Nous avons tendance à énoncer des réponses plus que des questions, pour ensuite mettre en évidence la question sous-jacente. La problématisation me fait penser ainsi au jeu du Jeopardy. Je cherche la traduction française : « mettre en péril ». Je perçois bien cela comme une excursion risquée dans les abîmes de la réflexivité. Pour s’y aventurer, la nécessité de rester connecté à notre réalité, s’abandonner au présent. Une attention fine pour porter une question qui apporte de la détermination, échappe à une pente passive du « business as usual ».

Nous nous arrêtons sur la définition des termes que nous employons. Besoin d’un temps d’incorporation. Se relier. Acquérir un language commun. Chacun doit rester dans la danse. Prendre le temps d’expliciter son propos, relié à ce qui l’anime.

Nous reprenons contact avec la réalité du projet, avec Ange Ansour, pour clarifier ce que nous avons pu comprendre différemment, et assurer nos pas.

Après une série de questions, nous itérons, je trouve maintenant mes questions précédentes un peu fade. Comme si après le temps de nous accorder, en phase avec le sujet, il était possible d’aller donner plus de relief à ce que nous faisons.

Les questions émergentes et la rencontre

Nous traversons beaucoup de questions et finissons par celle de la nécessité de passer à un autre stade développement, de réaliser une métamorphose.

Notre problématisation...

Notre problématisation…

Vient le moment le plus intense, je trouve, la rencontre entre ce que nous avons pu faire grandir en nous et communiquer, et ce qui est capté par l’interlocuteur qui porte le sujet.

Ce que je trouve magnifique, c’est la possibilité de venir réveiller quelque chose chez l’autre, l’écho crée, et le mouvement généré.

En l’occurrence, Ange Ansour est interpellée par la question de la métamorphose, qui vient, selon elle, cristalliser quelque chose qui était présent mais pas formulé ainsi. Elle ira même plus loin en identifiant ce qui permettrait de se métamorphoser, posant une nouvelle question, celle de la nécessité de réaliser un deuil.

Problématiser =  un entonnoir + un maker

Une meta-discussion sur la problématisation agrémente nos diverses restitutions.

Greg Serikoff, responsable de l’équipe pédagogique du D.U. Codesign, pointe certains risques de la problématisation. Celui de l’évitement : ne pas qualifier un problème, en recherchant l’ouverture par peur de limiter le problème. La problématisation risque aussi de renvoyer des questions en permanence, consistant à fuir des problèmes car on ne voit pas la solution.

Un problème bien qualifié permet de l’attaquer vite, insiste Greg Serikoff. Il est important notamment de formuler nos phrases en entier. Ange Ansour nous interpelle également à plusieurs reprises avec précision sur la définition des termes que nous employons. Elle fait le parallèle avec la démarche scientifique, où la difficulté consiste à apprendre à renoncer à des données non exploitables. De la difficulté à faire entonnoir.

Cette démarche est également dans la philosophie des makers, renchéri Greg Serikoff. En tant que maker, parmi la vastitude des choix accessibles, en fonction des forces dont je dispose, je dois faire des choix et des renoncements rapides, se rendre compte qu’un problème n’en est pas un. Une philosophie qui permet des boucles rapides, la fragmentation  d’une question.

Plusieurs façons d’isoler les questions de la problématique

Ange Ansour élargit notre regard en mentionnant trois façons d’isoler les questions de la problématique, en vue : d’une solution ; de dévoiler un mécanisme ; ou d’isoler un facteur.

 

3-chats

réel, avec l’idée, les invariants
mécanique, comme le fera un ingénieur, utile pour un objet complexe à structurer
perceptif, très employé en politique ou en marketing…

 

 

 

Cet échange a été inspiré par le modèle des 3 chats de Matt et Gail Taylor.

L’intérêt étant de passer d’un chat à l’autre pour examiner la question, ce que j’ai voulu mettre en pratique au travers de cette restitution. Comme l’indiqua Ange Ansour, l’essentiel dans les pédagogie innovantes est la mise en pratique des savoirs.

J’aime bien l’idée d’utiliser un modèle pour s’accorder sur la façon de voir une situation, prenant ainsi différents angles, permettant à chacun de s’y retrouver selon ses préférences, et de se mettre à la place d’autrui, en empathie. Il faut bien un biais d’entrée, autant l’expliciter pour faciliter le travail collaboratif.

Greg Serikoff remarque que nous avions plus de naturel dans la problématisation.
Je me demande pour ma part, certes, comment je pourrai encore progresser avec naturel, et aussi comment je pourrai faciliter la qualification de bonnes questions dans des entités peu structurées similaires à celle des Savanturiers, et avec des personnes qui n’ont pas forcément cette pratique, culture, et disponibilité à priori….

Merci à Emmanuelle Faure et Martin Boudier  !

Merci à Ange Ansour pour son intervention !

Restitution proposée par Sarah Fortin, participant du Diplôme Universitaire Codesign

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